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29 September 2026

[REPOWERING : POURQUOI UN TERRITOIRE CONNU N’EST JAMAIS UN TERRITOIRE ACQUIS]

Plus de 5 GW de puissance supplémentaire à l’horizon 2030 : c’est le potentiel que France Renouvelables, en s’appuyant sur les travaux de l’ADEME, attribue au renouvellement des parcs existants. À mesure que les premières générations de machines vieillissent, le repowering prend une place croissante dans la transition énergétique. Sa promesse est claire : produire davantage sur des sites déjà équipés.
  

Vu de loin, la suite semble presque écrite. Le vent est connu, les accès existent, le raccordement est en place. Les collectivités perçoivent des retombées et les éoliennes font désormais partie du paysage. Tout paraît réuni pour que le renouvellement soit plus simple que le développement d’un nouveau parc. C’est précisément cette évidence qui mérite d’être interrogée.
  

LE PARC A VIEILLI, LE TERRITOIRE AUSSI
 

Car lorsqu’une équipe revient présenter de nouvelles machines, elle ne retrouve jamais tout à fait le territoire du premier projet. Les élus ont changé, des exploitations ont été transmises, de nouveaux habitants se sont installés. Le parc lui-même a parfois changé de propriétaire. Les éoliennes sont restées, mais le territoire qui les entoure a poursuivi son histoire.
 

Pour certains, cette histoire est celle d’une réussite. Le parc est devenu un repère familier, une source de revenus pour la commune, une contribution concrète à la production d’énergie. Son renouvellement peut apparaître comme une suite souhaitable. Cet attachement ne signifie pourtant pas que toutes les évolutions seront bien accueillies. On peut tenir au parc existant et s’inquiéter de machines plus hautes, plus visibles ou implantées différemment.

 

Pour d’autres, les années ont laissé des réserves. Un chemin mal remis en état, une nuisance insuffisamment prise en compte ou une demande restée sans réponse ont fragilisé la relation avec l’exploitant. Ces épisodes semblent parfois anciens à l’équipe qui reprend le dossier. Pour ceux qui les ont vécus, ils restent actuels. Le nouveau projet arrive avec ses études ; les habitants arrivent avec leur expérience.

 

À cette mémoire s’ajoute ce qui s’est construit autour. D’autres parcs ont pu apparaître, transformant progressivement le paysage. Là où l’exploitant voit le renouvellement de quelques machines, des riverains voient une nouvelle étape dans une accumulation. Les deux parlent du même projet, mais pas du même territoire : l’un regarde son site, les autres leur horizon quotidien.

 

C’est dans ce décalage que se nouent les tensions. Le gain de puissance répond à un objectif énergétique collectif, tandis que les transformations se vivent localement. Les retombées bénéficient à la commune sans effacer les contraintes ressenties par certains riverains. Et l’habitude du premier parc ne vaut pas accord sur le suivant. Un territoire connu n’est jamais un territoire acquis.
 

LA CONTINUITE ADMINISTRATIVE N’EST PAS LA CONTINUITE TERRITORIALE
 

Le repowering ne peut donc pas être abordé comme une simple continuité technique. Il ouvre une nouvelle période d’exploitation et engage durablement le cadre de vie. Même lorsqu’il peut être instruit comme une modification de l’autorisation existante, le repowering peut rouvrir des débats que l’on croyait clos. La facilité d’instruction ne dit rien, à elle seule, de la qualité de la relation locale.
 

Reconnaître cette réalité change la manière d’engager le renouvellement. Avant de présenter un projet abouti, il faut revenir sur l’expérience du parc existant. Reprendre les engagements initiaux, rendre visibles les réalisations, reconnaître les difficultés et comprendre les attentes : ce travail permet de repartir d’une histoire partagée. Ce bilan doit aussi faire apparaître les différences de vécu entre élus, propriétaires, riverains et associations, sans les fondre dans une supposée opinion du territoire.
 

Cette étape donne au dialogue une base concrète. Elle permet de distinguer ce que les habitants souhaitent préserver de ce qu’ils voudraient voir évoluer. Elle évite de demander au nouveau projet de solder, sans les avoir entendus, les désaccords du précédent. La confiance se reconstruit lorsque l’exploitant montre qu’il connaît cette histoire et accepte d’en tirer des conséquences.
 

RENOUVELER LE CONTRAT TERRITORIAL
 

La concertation prend alors tout son sens, à condition d’intervenir assez tôt pour peser sur les choix. L’implantation, le paysage, la biodiversité, le chantier et les conditions d’exploitation doivent pouvoir être discutés dans les marges réellement disponibles. Mettre en regard le parc actuel et le projet futur et expliciter les contraintes rendent les arbitrages plus compréhensibles. Rendre compte des modifications apportées donne une portée tangible à la participation.
 

Tout ne fera pas consensus. Certaines attentes resteront incompatibles et certains choix devront être assumés. Mais une concertation permet de nommer les désaccords, d’expliquer les décisions et de montrer ce que les échanges ont changé. Elle perd sa crédibilité lorsqu’elle se limite à accompagner un projet dont tout est déjà décidé.
 

Le dialogue doit aussi porter sur la nouvelle période d’exploitation : information dans la durée, suivi des engagements, traitement des réclamations et partage des retombées. C’est là que le contrat territorial devient concret.
 

Le renouvellement offre ainsi une chance rare : produire davantage tout en améliorant une relation éprouvée par le temps. Encore faut-il considérer les années d’exploitation comme une expérience à écouter, plutôt que comme la preuve d’un consentement durable. La concertation est ce qui permet de construire la suite avec ceux qui la vivront.
 

Un premier parc n’est pas un blanc-seing pour le suivant. À l’heure du repowering, ce ne sont pas seulement les machines qu’il faut renouveler : c’est aussi le contrat territorial.
 

Par Romane VALIGNAT et Thomas RIBEIRO, consultants expérimentés au sein de Demopolis Concertation.