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05 March 2026

[NOUVEAUX RÉCITS : DE LA PAROLE À L’ACTIVATION STRATÉGIQUE]

Les collectivités produisent aujourd’hui de nombreux documents stratégiques. Projets de territoire, schémas directeurs, feuilles de route, plans sectoriels : les outils existent, les diagnostics sont solides, les équipes mobilisées.

 

Et pourtant, une question revient régulièrement dans nos échanges avec des élus et des directions générales : où est le cap ?

 

Cette interrogation ne traduit ni un manque d’engagement ni une faiblesse technique. Elle révèle une difficulté plus profonde : transformer une intention en orientation lisible, puis cette orientation en décisions cohérentes dans le temps.

 

La lecture récente de Matières narratives. Concevoir la ville par le récit, dirigé par Laurent Matthey, Simon Gaberell et Elena Cogato Lanza (MétisPresses, 2025), a nourri cette réflexion. L’ouvrage montre combien les récits façonnent la ville et structurent nos représentations collectives. Les territoires ne sont pas seulement administrés ou aménagés : ils sont racontés, interprétés, projetés.

 

Mais sur le terrain, une question demeure : comment faire en sorte que ces récits deviennent opérants ?

 

Car les collectivités sont confrontées à une double fragilité.

 

La première tient à l’abondance de parole. Dans les démarches prospectives, la parole est riche, souvent sincère, parfois conflictuelle. Les contributions s’accumulent, les diagnostics se multiplient, les documents se succèdent. Pourtant, la vision peine à devenir un véritable levier de décision. Le récit existe, mais il ne transforme pas toujours l’action publique.

 

La seconde fragilité est inverse. Des projets structurants sont portés avec ambition. Les intentions sont claires, les montages solides, les équipes engagées. Et pourtant, des résistances apparaissent. Non parce que les projets seraient techniquement fragiles, mais parce qu’ils ne sont pas toujours appropriés. Ce qui manque, ce n’est pas la qualité ; c’est le sens partagé.

 

Entre le cap affiché et l’engagement réel, un écart subsiste.

 

Un territoire ne peut se contenter d’un récit inspirant. Pas plus qu’il ne peut avancer par juxtaposition de projets. Il lui faut une trajectoire explicite.

 

L’enjeu n’est pas de produire un consensus mou. Il est d’organiser l’arbitrage.

 

Les tensions existent partout : attractivité économique ou sobriété foncière, développement résidentiel ou préservation des sols, intensification des mobilités ou réduction des flux, compétitivité ou cohésion. Trop souvent, ces tensions restent implicites. Elles sont formulées dans des termes suffisamment généraux pour éviter le conflit. Mais cette prudence fragilise la lisibilité de l’action publique.

 

Organiser l’arbitrage, c’est accepter de poser clairement les termes des choix. Toute stratégie suppose des priorités. Et donc des renoncements. Clarifier ces choix ne fragilise pas l’exécutif ; au contraire, cela renforce sa crédibilité.

 

Lorsqu’une trajectoire est explicitée, elle devient un référentiel. Elle relie les politiques sectorielles entre elles. Elle éclaire les décisions budgétaires. Elle facilite le dialogue entre exécutif et administration. Elle permet d’expliquer les choix aux partenaires et aux habitants.

 

Les collectivités qui parviennent à clarifier leur cap gagnent en lisibilité. Elles réduisent le risque de dispersion. Elles renforcent la continuité de leur projet au-delà des cycles politiques.

 

C’est dans cet esprit que nous avons développé RÉCIT®.

 

Non comme un outil de communication supplémentaire, mais comme un cadre pour articuler récit, arbitrage et décision. Partir des récits existants, identifier les tensions structurantes, formuler une orientation assumée à l’horizon 2035–2040, puis inscrire cette orientation dans les décisions concrètes.

 

Passer du récit à l’activation.

 

À l’heure des transitions écologiques, des contraintes budgétaires et des recompositions institutionnelles, cette clarification n’est plus accessoire. Elle devient une condition de robustesse.

 

À titre personnel, je suis convaincu que la responsabilité d’un exécutif local ne se mesure pas seulement au nombre de projets engagés, mais à la capacité à donner une orientation claire et durable. C’est cette exigence qui a guidé la conception de RÉCIT®. Non pour ajouter un outil de plus, mais pour contribuer à renforcer la cohérence de l’action publique.

 

Le récit ne vaut que s’il éclaire la décision.

 

 

Par David HEINRY, président, agence Demopolis Concertation.

 

 

Référence

  • Laurent Matthey, Simon Gaberell et Elena Cogato Lanza, Matières narratives. Concevoir la ville par le récit, MétisPresses, 2025.