Il y a quelques années encore, l’écologie semblait s’imposer comme une évidence. Les marches pour le climat rassemblaient, les États adoptaient des plans ambitieux, les entreprises affichaient des trajectoires de transition. Aujourd’hui, à l’échelle nationale et internationale, la question écologique paraît reléguée à l’arrière-plan. Non pas parce que les dérèglements se sont atténués, bien au contraire, mais parce qu’un phénomène d’immobilisme s’est installé.
Des signaux contradictoires, voire des reculs.
En France, les discussions autour de la Loi Duplomb et les débats autour de la Proposition de loi relative à l’accélération des énergies renouvelables (PPL EnR) ont été perçus comme un affaiblissement des ambitions environnementales.
À l’international, le signal envoyé par les États-Unis, notamment sous la présidence de Donald Trump, avec le retrait de l’Accord de Paris, les actions politiques de Jair Bolsonaro destructrices de l’Amazonie, et les COP qui s’enchaînent sans cranter de nouvelles grandes avancées entérinent l’idée que l’écologie n’est pas une urgence mondiale.
Pourtant, parmi la population, la conscience est là.
Le paradoxe est frappant : sur beaucoup de territoires, élus locaux, agriculteurs, associations et citoyens le disent : nous n’avons pas le choix. À force d’événements extrêmes, une prise de conscience collective semble s’être opérée.
Dans les zones de montagne, les professionnels du tourisme voient la neige se raréfier. Sur le littoral, l’érosion grignote des habitations. Dans les campagnes, les sécheresses bouleversent les pratiques agricoles. Les dérèglements climatiques affectent directement les modèles économiques et les modes de vie.
Mais l’écologie reste souvent associée à l’idée de restriction : moins consommer, moins se déplacer, renoncer. L’écologie apparaît comme une contrainte plutôt que comme un projet.
La sidération et les mécanismes de l’inaction.
Face à l’ampleur de la crise climatique, nos sociétés sont frappées de sidération. Les sécheresses à répétition, les mégafeux, l’érosion du littoral, les inondations, les tensions sur l’eau ou l’alimentation : l’accumulation de signaux d’alerte produit un effet paradoxal. Nous savons. Mais savoir ne suffit pas à agir.
Les neurosciences l’expliquent : le cerveau humain est peu adapté à la gestion des menaces diffuses, globales et de long terme. Il privilégie l’urgence immédiate, le danger visible. La crise écologique, elle, est systémique, progressive, complexe. Résultat : elle génère anxiété et découragement plus que mobilisation.
Comment construire le passage à l’action ?
La première exigence est la constance. La transition écologique ne peut être soumise aux alternances politiques ou aux crises conjoncturelles. Elle doit constituer un cap structurant, lisible, stable.
L’écologie comme sujet total.
Il faut le dire clairement : la question écologique n’est pas un sujet sectoriel. Elle conditionne notre sécurité alimentaire, notre santé, notre accès à l’eau, notre stabilité économique et sociale.
Plutôt que d’opposer écologie et pouvoir d’achat, écologie et compétitivité, il faut montrer que l’inaction coûtera infiniment plus cher que la transition.
Traiter l’avenir des territoires avec leurs parties prenantes, à l’aune des enjeux locaux.
La transition ne peut pas être imposée verticalement. Elle doit se construire avec les territoires.
Dans les projets d’« avenir montagne », de planification du littoral, de reconversion industrielle ou agricole, l’écologie doit être abordée comme un axe structurant. Non seulement en termes d’adaptation, mais aussi en termes d’atténuation.
La concertation est essentielle. Lorsqu’un projet local de transition écologique est discuté en amont, expliqué, partagé, co-construit, il suscite davantage d’adhésion. Lorsque les citoyens comprennent les bénéfices locaux, emplois, revenus, autonomie alimentaire ou autonomie énergétique, le projet cesse d’être perçu comme une contrainte imposée.
Faire de l’écologie un récit collectif.
Enfin, il faut redonner du sens. L’écologie ne doit pas être seulement une addition de normes ou d’interdictions. Elle doit redevenir un récit mobilisateur : celui d’une société plus résiliente, plus sobre, plus solidaire.
Transformer nos modes de production et de consommation n’est pas un retour en arrière. C’est une modernisation profonde. C’est investir dans l’innovation, dans l’efficacité énergétique, dans l’économie circulaire, dans les mobilités propres.
Que l’écologie soit l’affaire de tous, cela signifie que chacun, État, collectivités, entreprises, citoyens, a un rôle à jouer. Mais cela suppose un cadre clair et cohérent.
La question écologique est mise de côté parce qu’elle effraie, parce qu’elle dérange, parce qu’elle oblige à transformer en profondeur nos modèles. Pourtant, sur le terrain, plus personne ne doute de sa nécessité.
L’enjeu est désormais politique et culturel : sortir de la sidération, refuser les reculs, garder le cap et faire de l’écologie non pas une contrainte subie, mais un projet partagé. Car il ne s’agit pas seulement de protéger la nature. Il s’agit de préserver les conditions mêmes de notre avenir commun.
Nous sommes déjà nombreux à agir, au local, pour mener la transition écologique. Nous gardons le cap sans douter, sans attendre, et en ralliant toujours de nouvelles personnes par l’action. C’est comme cela que s’opérera le changement. Comme le disait l’anthropologue américaine Margaret Mead, « Ne doutez jamais qu’un petit groupe de citoyens engagés et réfléchis puisse changer le monde. En réalité, c’est toujours ce qui s’est passé. »
Par Romane VALIGNAT, consultante, agence Demopolis Concertation.
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