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05 October 2026

Agrivoltaïsme : La concertation ne peut pas s’arrêter aux limites de la parcelle

Du 6 au 9 octobre, le Sommet de l’Élevage réunira les acteurs du monde agricole. Les 7 et 8 octobre, le Colloque national de France renouvelables rassemblera ceux de la transition énergétique. L’agrivoltaïsme se situe à la rencontre de leurs préoccupations : maintenir une activité agricole durable tout en produisant de l’électricité.

Pour un développeur, le projet peut sembler bien engagé. Le foncier est sécurisé, le projet agricole construit, les études avancent. Pourtant, c’est parfois à ce stade qu’apparaît un autre périmètre à prendre en compte : celui du territoire.

Un élu s’interroge sur la multiplication des installations. Des agriculteurs voisins questionnent leurs conséquences sur le foncier. Des habitants voient leur paysage évoluer. Le projet, pourtant pensé autour d’une activité agricole, peut parfois être résumé au revenu perçu par un propriétaire ou un exploitant.  

Ces réactions ne traduisent pas nécessairement un rejet de l’agrivoltaïsme. Elles révèlent surtout un changement d’échelle.

Un projet agrivoltaïque s’implante sur une exploitation ; les questions qu’il soulève dépassent sa clôture.

 

La parcelle n’est pas une île

Le cadre réglementaire de l’agrivoltaïsme s’est considérablement précisé ces dernières années. Il pose des garanties indispensables pour que la production agricole reste au cœur du projet. Mais la conformité réglementaire ne suffit pas, à elle seule, à répondre aux questions que soulève son inscription locale. Le rapport parlementaire consacré en 2025 au « développement raisonné et juste de l’agrivoltaïsme » relevait précisément les limites du cadre sur la répartition territoriale et le partage de la valeur [1].

Un projet peut être pertinent pour une exploitation et susciter malgré tout des interrogations légitimes autour d’elle. Quelle évolution du paysage dessine-t-il ? Que change-t-il pour les pratiques agricoles voisines ? À qui bénéficie la valeur créée ? Et lorsque plusieurs projets émergent à proximité, quelle trajectoire agricole et énergétique se dessine pour le territoire ?

Regarder au-delà de la parcelle, c’est aussi élargir la réflexion sur ce que le projet peut apporter localement. Biodiversité, aménagements paysagers, usages autour du site, initiatives locales : les mesures d’accompagnement peuvent répondre à des enjeux plus larges. À condition de ne pas les concevoir comme un catalogue de contreparties applicable partout, mais à partir des réalités et besoins identifiés localement.

 

Concerter tôt pour préserver des marges de manœuvre

La concertation commence parfois une fois l’implantation dessinée et les principaux équilibres du projet arrêtés. Les échanges permettent alors d’expliquer le projet, mais laissent peu de place pour le faire évoluer. Le moment où le dialogue s’engage compte donc autant que les outils employés.

Concrètement, regarder au-delà de la parcelle suppose d’abord de connaître les autres projets envisagés, les équilibres agricoles locaux et les préoccupations déjà exprimées. Cela demande d’échanger avec les élus, les agriculteurs voisins, les habitants et les acteurs économiques ou associatifs concernés. L’INRAE souligne d’ailleurs l’importance d’évaluer l’agrivoltaïsme dans ses dimensions agronomiques, économiques, sociales et environnementales, en associant les parties prenantes aux discussions [2].

Cette connaissance du territoire peut ensuite éclairer des choix précis : l’implantation des panneaux, les accès et les circulations agricoles, les vues depuis les lieux de vie, ou encore les initiatives susceptibles de bénéficier plus largement à l’agriculture locale.

Tout ne sera pas négociable. Les contraintes agricoles, techniques et économiques doivent être exposées clairement. Mais lorsqu’une marge de manœuvre existe, il faut pouvoir montrer ce que les échanges ont changé. Et lorsqu’une demande ne peut être retenue, il faut en expliquer la raison. La valeur d’une concertation se lit aussi dans la manière dont le porteur de projet rend compte de ses décisions.

 

Une double promesse exige une double preuve

À mesure que l’agrivoltaïsme se développe, raisonner projet par projet et parcelle par parcelle risque de faire perdre de vue les dynamiques qui se jouent à une échelle plus large.

Chez Demopolis Concertation, nous pensons qu’un projet agrivoltaïque doit donc faire deux démonstrations.

La première se joue sur la parcelle : l’activité agricole reste réelle, prioritaire et durable.

La seconde se joue au-delà : les acteurs concernés ont pu comprendre le projet, exprimer les enjeux qu’ils identifient et contribuer, lorsque des marges de manœuvre existent encore, à son inscription locale.

Une telle démarche ne garantit ni l’adhésion ni l’absence d’opposition. Ce n’est pas son rôle. Elle permet en revanche de dépasser la seule relation entre propriétaire, exploitant et développeur pour prendre en compte l’ensemble des acteurs et dynamiques avec lesquels le projet devra composer.

La réussite de l’agrivoltaïsme dépendra ainsi autant de notre capacité à trouver le bon équilibre entre agriculture et énergie que de notre capacité à construire suffisamment tôt son inscription dans le territoire.

 

Par Charline ZINE, associée, et Aline VOJTA, consultante expérimentée au sein de Demopolis Concertation.

 

Références

[1] Assemblée nationale, rapport n° 1179 sur la proposition de loi visant à assurer le développement raisonné et juste de l’agrivoltaïsme, 26 mars 2025.

[2] INRAE, « L’agrivoltaïsme, la voie de l’avenir ? », 5 février 2024.