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28 September 2026

[CONCERTATION : NOUS DESARMONS LE DIALOGUE AU PIRE MOMENT]

Pendant ses quatre jours en France, Léon XIV a consacré plusieurs prises de parole à la paix. À l’Élysée, il a prononcé cette phrase : « La paix n’est pas un équilibre des forces, elle se construit chaque jour par le dialogue et la justice. » [1] Il parlait des relations entre les peuples. À l’échelle des territoires, ses mots nous invitent aussi à regarder la place que nous laissons au dialogue lorsque des décisions divisent.
  
Prenons un projet d’énergie ou un nouvel équipement dans une commune. L’implantation est dessinée, le calendrier est fixé, plusieurs variantes ont déjà été écartées. C’est alors que l’on commande une « concertation » : quelques semaines, une réunion publique, un bilan. Et l’on demande à cette démarche de toucher les absents, de traiter des années de défiance et d’éviter le conflit. Le dialogue commence alors qu’il reste si peu à discuter.
 

Une commande qui rogne sur l’essentiel

Chez Demopolis Concertation, nous voyons un marché qui se dégrade de cette manière. Des missions engagées trop tard. Des cahiers des charges qui additionnent écoute des riverains, mobilisation des publics éloignés, animation du débat et réponse aux controverses, tandis que les délais et les budgets se resserrent. Parfois, on voudrait surtout que la concertation « fasse accepter » une décision déjà prise. Le problème dépasse le prix d’une prestation : on réduit les conditions dans lesquelles un territoire peut peser sur son avenir.
   

Dans le même temps, la demande de participation reste forte. Le baromètre 2026 du CEVIPOF relève que seuls 22 % des Français disent avoir confiance dans la politique, tandis que 77 % se déclarent favorables aux conventions citoyennes. [2] La défiance n’a donc pas éteint l’envie d’avoir une prise sur les décisions. Elle rend au contraire la sincérité des démarches plus décisive.
   

Une réunion publique et un compte rendu peuvent remplir une obligation d’information. Ils ne permettent pas, à eux seuls, de comprendre les usages d’un territoire, de confronter plusieurs options ou de travailler un désaccord ancien. Quand on retire à la concertation son temps et ses marges de manœuvre, on conserve son nom, mais on réduit sa portée. 

 

Quand parler ne change rien, le rapport de force s’installe

  
 

Sur un projet d’énergie, un aménagement urbain ou une infrastructure, chacun a ses raisons d’agir. Le porteur de projet défend un investissement et un calendrier. L’élu doit arbitrer. Les habitants vivent avec les effets de la décision, parfois pendant des décennies. Ces positions ne disposent pas des mêmes informations ni des mêmes moyens.
    

Lorsque le projet se présente comme bouclé, les citoyens ont peu de raisons de croire qu’une réunion puisse changer quoi que ce soit. Ils se mobilisent alors autrement : pétition, recours, campagne médiatique, interpellation des élus. Ces démarches sont légitimes. Elles peuvent révéler des effets ignorés ou des engagements non tenus. Le problème survient quand le rapport de force devient la seule voie disponible pour être entendu.
    

Chacun finit alors par parler d’abord à son camp. Les objections sont perçues comme des attaques, les explications comme des opérations de communication. On mesure sa capacité à tenir, à bloquer ou à imposer. La décision peut avancer malgré tout, mais elle laisse derrière elle une relation abîmée. Le projet suivant héritera de cette histoire.   

   

Redonner une prise réelle sur les décisions

 

 

Une concertation utile commence lorsque plusieurs possibilités peuvent encore être examinées. Elle annonce franchement les contraintes et les marges de manœuvre. Elle va chercher les personnes que les réunions habituelles n’atteignent jamais. Elle répond aux propositions reçues, y compris à celles qui sont écartées, et permet de suivre les engagements après la décision. Elle peut aussi conduire à revoir profondément un projet, ou à constater qu’il n’est pas acceptable en l’état.
    

Cette exigence vaut aussi pour notre métier. Nous devons dire lorsqu’un cahier des charges permet seulement d’informer et montrer ce que notre travail a réellement changé dans la décision. C’est à cette condition que nous pouvons défendre le temps et les moyens nécessaires à une vraie concertation.
    

À l’Élysée, Léon XIV parlait de paix entre les peuples. À notre échelle, la leçon vaut aussi pour les décisions qui divisent un territoire : le rapport de force ne construit pas la confiance. Le dialogue demande du courage, une méthode et la possibilité de changer quelque chose. À force d’économiser sur ces conditions, nous ne supprimons pas les désaccords. Nous les retrouvons plus tard, plus durs.  

 

Par David HEINRY, président de Demopolis Concertation.

       

Références

[1] Discours de Léon XIV à l’Élysée, 25 septembre 2026. vatican.va

[2] Baromètre de la confiance politique du CEVIPOF, février 2026.