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27 August 2025

[REBATIR LA CONFIANCE : L’ELU DE 2026 ET LE NOUVEAU CONTRAT DEMOCRATIQUE]

Face à la défiance et à l’abstention, le mandat ne peut plus être un blanc-seing de six ans. Les futurs élus doivent devenir les acteurs d’un renouveau démocratique, en mettant la participation au cœur de leurs décisions tout au long du mandat.

En mars 2026, les Français seront appelés à élire leurs représentants municipaux et intercommunaux. Cet acte démocratique, en apparence simple et familier, se déroule pourtant dans un contexte inédit. Depuis plusieurs années, l’abstention progresse, les citoyens se détournent des urnes, et la méfiance à l’égard de la parole publique atteint des sommets. Ce climat de défiance interroge directement la légitimité des élus et la manière dont ils exercent leur mandat.

La démocratie locale, longtemps perçue comme la plus accessible et la plus proche des habitants, n’échappe pas à cette crise. Or, si elle se fragilise, c’est l’ensemble du pacte républicain qui vacille. Le temps est donc venu de repenser la relation entre élus et citoyens.

Trop longtemps, le mandat a été vécu comme une délégation totale : on élit une équipe, on lui confie les clés de la collectivité pour six ans, et l’on se tait jusqu’au scrutin suivant. Cette conception ne correspond plus aux attentes de nos concitoyens.

Il faut toutefois reconnaître que les élus ne sont pas isolés dans leur fonction. Bien au contraire, ils sont pris dans un flux permanent de concertations : avec leurs services, avec les collectivités voisines ou d’autres échelons, avec des spécialistes techniques, dans des comités de projet… C’est un dialogue constant, mais un dialogue d’experts, qui peut détourner du contact avec les habitants et donner le sentiment d’une déconnexion.

À cela s’ajoutent les sollicitations incessantes des citoyens, mais souvent sur le mode du “bureau des pleurs”. Parce que la capacité à dialoguer entre voisins ou à gérer collectivement les petits problèmes s’est affaiblie, les habitants s’adressent directement à leurs élus pour tout et n’importe quoi. Les élus se retrouvent ainsi en première ligne, mais rarement sur le bon registre : celui de la co-construction et du débat citoyen.

C’est précisément là que réside le défi du nouveau contrat démocratique : redonner un cadre, des méthodes et des espaces où le dialogue avec les habitants n’est plus subi ou éclaté, mais organisé, enthousiasmant et productif.

Concrètement, il s’agit d’inventer des formats qui donnent envie de participer. La participation ne s’impose pas : elle se stimule, elle s’anime. Aux élus de créer les conditions de cet engagement.

On peut imaginer des Assemblées citoyennes ouvertes, accessibles à toutes celles et ceux qui souhaitent contribuer. Ces espaces réguliers permettraient d’associer habitants, associations, commerçants, entrepreneurs, jeunes actifs, retraités, acteurs culturels… bref, la diversité du territoire.

Des soirées débats conviviales pourraient devenir des rendez-vous attendus, pour parler d’écologie, de mobilité, de solidarité ou de cadre de vie. Loin des réunions descendantes, ces moments offriraient une respiration démocratique, où chacun se sent légitime à prendre la parole.

On pourrait aller plus loin encore, en inventant de véritables expériences immersives de concertation. Des temps forts où les habitants ne sont pas seulement invités à donner un avis, mais plongés dans une réflexion collective qui les reconnecte à leur commune, à son histoire et à ses défis. Ces expériences, en valorisant la contribution de chacun, permettent de retrouver le sens d’un rôle que beaucoup ont oublié : celui de citoyen.

Ce retour au civisme est essentiel, à l’heure où les violences verbales et physiques contre les élus explosent. La concertation n’est pas seulement un outil démocratique : c’est aussi un moyen de retisser le respect mutuel entre représentants et représentés, en redonnant à chacun sa place et sa responsabilité dans la vie collective.

La concertation de demain devra aussi intégrer la digitalisation des usages. Les plateformes participatives permettent déjà de recueillir des propositions ou de voter pour des projets. Mais nous pouvons aller plus loin. Pourquoi ne pas imaginer des bornes digitales de consultation dans l’espace public, pour donner à chacun la possibilité de s’exprimer simplement au détour d’une rue ? Ou encore recourir à la réalité augmentée pour visualiser les projets urbains et aider à mieux choisir ?

L’intelligence artificielle, bien utilisée, peut synthétiser les contributions et faire émerger des idées. Elle ne doit pas remplacer la délibération humaine, mais l’éclairer et la rendre plus lisible. Enfin, les serious games offrent la possibilité de transformer la concertation en une expérience ludique et pédagogique, où les habitants découvrent, en situation, les contraintes et arbitrages liés à la gestion d’une commune.

Ces outils ne sont pas des gadgets : ils sont des leviers pour mobiliser plus largement, toucher de nouveaux publics et montrer que la démocratie sait se réinventer à l’ère numérique.

Ce renouveau passe également par la diffusion d’une culture de la concertation dès le plus jeune âge. Initier les enfants et les adolescents à la discussion collective et à la décision partagée, c’est préparer une génération de citoyens plus confiants et plus impliqués.

Enfin, les élus devront aller chercher celles et ceux que l’on entend trop peu : les jeunes actifs, les commerçants, les petites entreprises, les habitants éloignés de la vie publique. Leur donner une place, c’est enrichir la réflexion collective et reconnecter la démocratie locale à toutes les réalités du quotidien.

Ce changement appelle aussi une évolution du rôle de l’élu. Décider ne peut plus signifier trancher seul. Décider, c’est assumer une responsabilité, mais aussi expliquer, écouter, ajuster. C’est accepter de se confronter aux attentes et aux contradictions des habitants, pour construire ensemble des solutions plus solides et mieux comprises.

Un élu qui ouvre la porte de la participation ne se fragilise pas. Au contraire, il renforce sa légitimité. Car un projet débattu et enrichi par une diversité de voix est plus robuste qu’une décision imposée. C’est aussi un moyen de prévenir les blocages : quand les habitants ont été associés en amont, ils acceptent plus facilement les arbitrages.

Au fond, ce nouveau contrat démocratique ne vise pas seulement à améliorer la gestion locale. Il porte une ambition plus large : redonner envie de démocratie. Si les Français peuvent expérimenter, dans leur commune, une démocratie vivante, continue et incarnée, ils regagneront confiance dans l’idée même de représentation. C’est dans la proximité que peut renaître le goût du collectif, le sens du bien commun et la fierté de participer.

2026 sera donc bien plus qu’une simple échéance électorale. Elle peut marquer le tournant d’une démocratie locale renouvelée, où l’élu n’est plus un gestionnaire solitaire mais le garant d’un dialogue permanent. Un élu qui ne se contente pas de gérer, mais qui fait vivre la citoyenneté au quotidien.

La tâche est exigeante, mais elle est à la hauteur des enjeux. Car si nous voulons que la République demeure solide, il nous faut commencer par rebâtir, pierre après pierre, la confiance démocratique dans nos territoires. Et cette confiance, aucun décret ne peut l’imposer : elle se cultive par la rencontre, la participation et l’écoute. C’est le chemin qu’il revient aux élus de 2026 d’ouvrir avec leurs habitants.

Par David HEINRY, président et associé de Demopolis Concertation.